Je pars toujours d'un principe (que les gens ont intérêt à me renvoyer pour moi-même) : chacun fait ce qui lui plait. La devise est plutôt confortable puisque lorsqu'on la respecte elle permet l'addition "liberté + plaisir = tolérance". Oui, je rêve d'un monde où l'absence de jugement règne et où la moquerie a pris son baluchon pour se jeter dans la mer. Sauf que ça n'existe pas et certains moments te sautent à la face pour te le rappeler. Ils s'accrochent et te laissent une impression de gluant sur la peau. C'est crade, c'est désagréable et t'as qu'une envie : te coller un gommage à gros grain pour tout faire partir. 

 

Et hier soir à la fermeture du bar j'aurais bien dégainé mon tube Clarins sur deux hommes. Parce que poussé par l'un, l'autre s'est senti gonfler l'orgueil et nous a annoncé fièrement qu'il venait de coucher avec la meilleure amie de sa maman. Réaction immédiate de la petite assemblée : "Sérieusement ? Ahah non mais t'es trop fort !", "Tu t'es fait une cougar ?! Alors là mec j'dis bravo. Tape m'en une !". Après les félicitations, et parce que celles-ci ne suffisaient pas à l'homme devenu Don Juan, il a eu à coeur de nous expliquer le contexte de l'événement. Sans oublier d'ajouter : "Et on l'a fait 3 fois.

 

- "Mais maintenant elle est où ?"

- "Bah elle dors sur mon canapé."

 

Cette situation, elle était gluante. Au-delà de la pitié que m'a inspiré la vue d'un homme fier de nous raconter qu'il venait de coucher avec une femme plus âgée que lui, c'est surtout le mépris dont l'assemblée a fait preuve envers cette femme qui m'a écoeuré. Hommes comme femmes présents dans ce bar y sont allés de leur petite phrase qui puait le slut shaming, ancrant encore un peu plus le modèle de la femme-putain si cher aux sexistes de tous poils (et de tous sexes).

D'où vient cette réaction immédiate de mépris et de méchanceté lorsque l'on parle d'une femme qui couche avec un homme plus jeune qu'elle ? A aucun moment mes potes n'ont eu le droit à ce genre de réflexions après avoir passé la nuit avec une femme plus jeune. Mais cette femme là : plus âgée et meilleure amie de la maman ; elle, elle a traversé toutes les lignes rouges. Une coureuse de minots et une mauvaise amie. Amenez la tout de suite au bûcher que l'on n'en parle plus. Parce que, pour couronner le tout, c'est évident que c'est elle qui a ouvert ses griffes et ses cuisses pour y attraper cet homme... Je m'arrête là, au risque de m'hystériser seule et d'envoyer mon ordinateur contre un mur (ou dans la tête du "Don Juan" de la veille).

 

J'avoue que je n'ai pas eu la force hier soir d'ouvrir ma bouche et de leur remettre les idées en place. D'y aller du refrain concernant le respect et la tolérance et d'un ou deux couplets sur la deconstruction de leurs propos sexistes et conservateurs. Mais je ne manquerais pas de les croiser à nouveau et de détruire leurs idées à coup de gros marteau. 

 

Et puisque j'ai eu ce monologue en tête toute la fin de soirée je vous en fais profiter... :

La Maman et la Putain - Diabologum